La communauté universitaire contre les violences à caractère sexuel

10 avril 2017

La communauté universitaire de l’Université de Montréal contre les violences à caractère sexuel

Lettre ouverte de la Coalition des associations et des syndicats de l’UdeM (CASUM) - Communiqué 10 avril 2017.

Dans le plan d’action 2016-2021 de l’Université de Montréal (UdeM) intitulé « Transcender les frontières », le 5e engagement que l’administration de l’UdeM prévoit de « mettre en œuvre une stratégie de promotion du respect, de l’équité et de la diversité (ex. éléments de sécurité, procédures des activités d’initiation, politique pour contrer et prévenir les actes de violences sexuelles) . »

Ce qui est moins connu, c’est que l’UdeM possède déjà une politique en matière de harcèlement, adoptée en 2003. Pourtant, dans son dossier du 25 mars 2017, Le Devoir arrivait à un constat alarmant : les victimes de harcèlement et de violences sexuelles sont laissées à elles-mêmes et la majorité des institutions d’enseignement supérieur n’assument pas leurs responsabilités. Le manque de données disponibles concernant l’Université de Montréal nous consterne. Le Devoir rapportait qu’il y a eu 107 dénonciations à l’UdeM de 2006 à 2012, ce qui en fait le taux le plus élevé de toutes les universités du Québec. Le Devoir n’a toutefois pas eu accès aux nombres de plaintes qui ont mené à des sanctions, ce qui nous laisse dans l’ignorance quant à l’efficacité des structures de l’UdeM présentement en place. Les échos que nous avons de la part des membres représentés par nos organisations sont décourageants et nous invitent à croire que les structures en place ne suffisent pas à garantir un climat d’études et de travail sain et dénué de violences. Autrement dit, la communauté universitaire n’a plus confiance envers certains aspects du traitement réservé aux victimes de harcèlement ou de violences sexuelles à l’UdeM.

Malgré des positions différentes sur les orientations à privilégier, les membres de la Coalition des associations et des syndicats de l’UdeM (CASUM)* partagent l’avis que, si l’UdeM désire agir contre les violences sexuelles, elle doit aussi élargir son action pour réviser de fond en comble son approche en matière de harcèlement sexuel, notamment pour rassurer la communauté universitaire et pour s’assurer que les victimes de harcèlement ou de violences sexuelles soient adéquatement soutenues, mais aussi pour démontrer que les engagements de l’administration ne sont pas simplement décoratifs. Ce faisant, l’UdeM sera dotée de bases plus solides pour lutter contre les violences à caractère sexuel. À cet effet, plusieurs propositions peuvent être mises en place rapidement pour réaliser des changements significatifs.

Premièrement, il est bien connu que le Bureau d’intervention en matière de harcèlement (BIMH) peine à accomplir ses objectifs. Ses ressources sont limitées et son personnel peu nombreux, alors même que son mandat est très large et que le BIMH doit desservir toute la communauté universitaire et un éventail de dossiers divers dont le harcèlement à caractère sexuel n’est qu’un des champs de son action. Des mesures spécifiques dépassant la prévention doivent être adoptées pour le rendre plus opérant, comme abolir des délais de prescription, qui donnent un délai de six mois pour déposer une plainte, former les employé-e-s de l’UdeM pour soutenir les victimes qui dévoilent leur situation sur le campus après avoir été victimes de harcèlement ou de violences sexuelles.

La CASUM demande aussi que l’on consacre des ressources nouvelles pour traiter les problèmes de façon immédiate, fiable et respectueuse de l’équité procédurale. L’ajout de ces ressources doit être consacré prioritairement à aider les victimes, par exemple à préparer une demande d’aide, d’encadrement ou d’accommodement (psychologique, légal, matériel, académique, etc.).

Plus largement, la CASUM déplore le manque de transparence à l’UdeM dans ce dossier. La transparence doit être implantée à deux niveaux. Il faut premièrement que les victimes puissent connaître l’évolution de leur plainte et le résultat de leurs démarches. Il n’y a pas d’autres manières pour rétablir la confiance de la communauté envers les structures en place et pour favoriser le processus de guérison. Il faut aussi que l’UdeM rende public les résultats de ses actions. Sans transparence, nous ne pouvons pas connaître l’étendue du problème sur nos campus ni améliorer les services offerts aux victimes. D’autres universités comme McGill, Concordia, l’Université Laval et l’UQAM rendent public le résultat de leurs propres actions en matière de harcèlement et de violences sexuelles. Nous ne comprenons pas pourquoi il n’en est pas de même pour l’UdeM.

Finalement, étant donné que la plupart des victimes sont des femmes, la CASUM est d’avis qu’il faut articuler l’action de l’UdeM dans cette direction. À cet effet, pourquoi ne pas réveiller l’instance fantôme qu’est le Comité permanent sur le statut de la femme de l’UdeM et d’en faire un acteur de premier plan dans la lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles ? Par exemple, ce comité pourrait étudier le rapport de l’Enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) et produire des recommandations à l’Assemblée universitaire.

Tout indique que le gouvernement provincial entend déposer bientôt une loi-cadre pour lutter contre les violences sexuelles sur les campus, engagement obtenu grâce à une mobilisation majeure des regroupements féministes, des associations étudiantes et des syndicats. La CASUM espère que l’UdeM instaurera à court terme les réformes qui s’imposent et changera ses pratiques afin que les victimes de harcèlement et de violences sexuelles soient adéquatement accompagnées et supportées. Si l’UdeM entend transcender les frontières, elle doit aussi transcender les limites de la culture du viol et du silence.

* La Coalition des associations et des syndicats de l’Université de Montréal (CASUM) est une organisation intersyndicale qui regroupe le Syndicat des étudiant- e - s salarié- e - s de l’UdeM (SÉSUM), le Syndicat général des professeurs et professeures de l’UdeM (SGPUM), le Syndicat des chargées et des chargés de cours de l’UdeM (SCCCUM), le Syndicat des employés de la recherche de l’UdeM (SERUM), le Syndicat des employés d’entretien de l’UdeM (SEEUM - 1186), le Syndicat des employés-e s de l’UdeM (SEUM - 1244), le Syndicat représentant les techniciens en mécanique du bâtiment (SCFP-FTQ-4338), la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) et l’Association générale des étudiants et des étudiantes de la faculté d’éducation permanente (AGEFEEP).


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