L’IRIS analyse l’arrière-plan des transformations institutionnelles

07 avril 2016

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) publie aujourd’hui, jeudi 7 avril 2016, un document essentiel pour comprendre les transformations institutionnelles que la direction de l’Université de Montréal veut mettre en place.

Télécharger et lire la publication de l’IRIS intitulée « L’UNIVERSITÉ GLOBALISÉE. Transformations institutionnelles et internationalisation de l’enseignement supérieur »

Visiter le Site de L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). (1)

Une étude publiée au bon moment pour les professeur-e-s !

Les professeures et professeurs du SGPUM seront sans aucun doute très intéressés par cette note socioéconomique de l’IRIS, dans la mesure où les collègues sont confrontés bien malgré eux à des pressions de l’employeur afin qu’ils participent aux consultations reliées à son projet de « transformation institutionnelle ». 

 Au cours des derniers mois, nombreux ont été les professeurs à protester contre la situation d’incertitude et de paradoxes, voire de confusion, que la direction de l’Université de Montréal a créé avec ses démarches de consultations unilatérales sur les transformations institutionnelles.  Ces démarches sont, de l’avis général des professeurs, aussi mal définies dans leurs contours que dans leurs méthodes. Selon les collègues, la démarche et les documents de la direction ne leur permettent pas d’identifier clairement des problèmes à résoudre, ni d’établir un diagnostic qui justifierait une démarche d’une telle ampleur.

Un cadre d’analyse pour dépasser l’actuelle « confusion institutionnelle » ?

La note socioéconomique de l’IRIS étudie justement les transformations en cours à l’Université de Montréal ainsi que «  l’articulation entre ces transformations locales et les pressions uniformisatrices, émanant notamment de l’OCDE et de la Banque mondiale, en faveur d’un modèle unique d’universités dites «de classe mondiale» ».

L’IRIS nous permet ainsi de comprendre que l’objectif de ces transformations  « est de réorienter l’université pour en faire non plus une institution indépendante au service du bien commun, mais une organisation modelée sur les autres organisations économiques (entreprises), et pilotée en fonction des mécanismes
 de régulation du nouveau « marché » mondial de l’enseignement supérieur globalisé ».

On sait déjà que la documentation du vice-rectorat au développement académique et à la transformation institutionnelle affirme ouvertement prendre exemple sur certaines réformes expérimentées hors-Québec, comme par exemple les restructurations universitaires au Manitoba, les fusions d’établissements en France ou le financement basé sur la performance au Royaume-Uni. Or l’étude de l’IRIS analyse précisément ces exemples de réformes et montre quels effets et impacts préoccupants sur les universités elles ont eu, entre autres par la centralisation, la rationalisation et la mise en danger de la liberté académique.

La publication de l’IRIS met en perspective la situation montréalaise et québécoise des universités, notamment en regard des modèles de gouvernance néolibéraux.  Elle aborde la question des fondements des approches de planification stratégique ou d’ « agilité », en montrant les effets pervers de cette adaptation : « l’université devient alors un élément important de la stratégie économique comme source de main-d’œuvre et d’innovation créative » c’est-à-dire aux besoins présumés de la société et des formations en entreprises.

Sur ce dernier élément, les professeurs du SGPUM se rappelleront certainement la déclaration du recteur du 5 octobre 2011: « Les cerveaux [doivent] correspondre aux besoins des entreprises » (Guy Breton, aux Rendez-vous du savoir organisés par le Conseil des relations internationales de Montréal).

Le SGPUM tient à préciser à ses membres que les arguments développés par l’IRIS pour expliquer ce phénomène de marchandisation du savoir, et conséquemment de ce type de projet de transformation institutionnelle, sont essentiellement de nature sociale, politique et économique. De fait, les universités qui ont mis en place ces transformations n’ont jamais analysé scientifiquement leurs propres réformes. On comprend dès lors que ces transformations institutionnelles sont fondées sur une adhésion idéologique aux mots d’ordre de la Banque Mondiale et de l’OCDE, comme l’explique bien l’IRIS dans sa note.  Ainsi les universités candidates à leur propre transformation ont en réalité postulé des bénéfices futurs qui n’ont pas encore été démontrés. L’étude révèle que les mots d’ordre auxquels la direction de ces institutions ont adhéré sont en réalité ceux des apôtres de la gouvernance néolibérale. Les hypothèses de ces « réformateurs » n’ont cependant pas été vérifiées, pire encore, les conséquences des changements de grande ampleur qu’ils veulent mettre en place ne sont évaluées nulle part. C’est bien pour cela qu’un grand débat sur les transformations institutionnelles doit se faire lentement et sereinement, non dans la précipitation, en prenant en compte toutes les dimensions d’un tel projet, et en impliquant démocratiquement à la fois les professeurs qui forment le coeur de l’Université, et la société civile qui finance pour la plus grande part nos universités à même les taxes et les impôts des contribuables, donc à partir de fonds publics. 


SOMMAIRE

La note socioéconomique de l’IRIS documente les transformations universitaires à travers les exemples de plusieurs pays, mais aussi en fonction des paramètres mis de l’avant par la Banque mondiale et l’OCDE. 

Voici le sommaire des rubriques de la note de l’IRIS :

  1. L’université en transformation
  2. Un projet de transformation et de restructuration de l’université
  3. L’agilité stratégique comme adaptation à l’environnement économique globalisé
  4. Les classements internationaux et le marché mondial de
la réputation universitaire
  5. Les étudiant-e-s étrangers, un « marché » en expansion
  6. La restructuration universitaire au Manitoba
  7. France : regroupements, fusions et pôles de compétitivité de recherche
  8. Le financement basé sur la performance au Royaume-Uni
  9. Le transfert technologique : de l’université à l’entreprise
  10. Les universités québécoises et la mondialisation hégémonique de l’université néolibérale


CONCLUSIONS

Parmi les éléments de la synthèse présentée à la fin de l’étude, mentionnons enfin les points suivants qui ne manqueront pas d’intéresser les professeur-e-s du SGPUM :

-       que les universités subissent des pressions internationales qui les amènent à réorganiser leur structure pour augmenter leur compétitivité dans le «marché mondial» de l’enseignement supérieur internationalisé ;

-       que plutôt que d’être régulée comme une institution autonome ou comme composante d’un système d’éducation national articulé à un État-nation, les universités se voient comme des organisations déracinées et des acteurs globaux dans l’espace de la mondialisation économique ;

-       que ses dirigeants cherchent à s’adapter aux mutations induites par des technologies de rupture comme les cours en ligne ouverts à tous (MOOC) ;

-       que les classements internationaux servent d’outil d’émulation normative pour favoriser les transformations institutionnelles ;

-       que l’autogestion des corps enseignants est remplacée par 
des mesures de recrutement, de surveillance et d’évaluation du rendement qui mesurent la capacité de s’intégrer à la dynamique de recherche et d’innovation internationalisée, ce qui soulève des craintes quant à la liberté académique et l’indépendance de la recherche ;

-       que plusieurs établissements ont été amenés à procéder à des rationalisations, des fermetures de facultés, des mises à pieds, des centralisations ou des fusions.

Nous reviendrons sur ces éléments dans d’autres bulletins d’information du SGPUM.

(1) Le SGPUM a participé au financement de cette note socioéconomique. 


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